Cabaret crusades : the path to cairo
Synopsis
Le projet de Wael Shawky, prévu en quatre volets dont voici le second, frappe par sa beauté autant que par sa singularité. À commencer par sa source d’inspiration : Les Croisades vues par les Arabes (1983), d’Amin Maalouf. Renversant les perspectives, son essai souligne le rôle des luttes de pouvoir.
Or ces conflits d’intérêts divisent également les deux camps: trahisons et assassinats vont bon train, sans toujours recouper l’enjeu des confessions respectives.
De ce vaste tissu d’intrigues, Shawky fait un récit « distancié », brechtien. D’abord, ce sont des marionnettes, 120 ici, en céramique superbement ouvragée, selon la technique artisanale des santons de Provence (fabriquées à Aubagne dans une église !), qui figurent les personnages historiques, filmées selon un découpage cinématographique. Dans cette mini-« grosse production », hommage est ainsi rendu à la tradition populaire. C’est elle qui porte l’épopée médiévale, pour enrayer l’héroïsme grandiloquent et souligner combien nos destins ont pris là un tournant décisif. Ensuite, c’est d’organiser cette chronique en « numéros », comme dans une revue de Cabaret, avec ses morceaux chantés, ou de Grand Guignol avec ses meurtres horrifiques (The Horror Show File sous-titrait le premier volet). Dans ce chapitre, l’action court sur 46 ans, entre la fin de la première croisade en 1099 et le début de la seconde, nourrie du souci constant de questionner notre représentation de l’Histoire, nouant le passé au présent.