Francine
Avec Melissa Leo, Victoria Charkut, Keith Leonard
Synopsis
Francine sort de prison. On ne saura pas ce qui l’y avait conduite. Francine ne dira pas davantage quelle place elle aimerait trouver ou retrouver, au sein de quel monde, maintenant qu’elle n’est plus enfermée. Son silence, la fatigue de son visage, le minimalisme de maintes scènes évoquent de prime d’abord une certaine tendance du cinéma d’auteur international : se tenir à l’écart du bruissement du monde et du bavardage commercial. Miser sur le retrait, sur la pureté. Il en va différemment avec Brian M. Cassidy et Melanie Shatzky. Francine se laisse emporter par la surprise d’un concert de heavy metal au milieu d’un champ, au son duquel elle agite la tête et tout le corps sans retenue, comme si elle avait enfin trouvé une langue selon son coeur. Francine se laisse prendre par une rencontre de passage, la tête collée contre un miroir où nous voyons son reflet : voici sans doute une des rares scènes de sexe réussies du cinéma contemporain, sinon du cinéma tout court. Francine et une amie de hasard s’enlacent. Francine a chez elle une colonie de chats, et bientôt elle trouve une place chez un vétérinaire. Là, la proximité des animaux blessés la bouleverse, les chiens qu’on pique, les chattes qu’on stérilise, le mutisme de leur souffrance répondant à son propre mutisme. Francine n’est pas butée. Elle est un être d’abandon et d’amour, auquel Melissa Léo - actrice dans les séries Treme et Louie, lauréate d’un oscar pour The Fighter - prête sa beauté sans fard. Francine n’est pas un film sur la réserve. C’est un film sur la compassion. En sourdine, on peut y entendre résonner une formule fameuse : « L’homme - la femme - qui souffre est une bête. La bête qui souffre est un homme - une femme. » Pas plus contemporain que ce souci-là.
Emmanuel Burdeau.