Le Dernier des immobiles
Avec Matthieu Messagier, Nicola Sornaga, Dinara Drukarova, Michel Bulteau, Jacques Ferry, Thierry Beauchamp, ALain Fride
Synopsis
Nico, un jeune Werther déglingué, part à la rencontre de Matthieu Messagier, un poète qui lit L’équipe en fumant des havanes. Ce qui s’annonçait comme un simple reportage tombe à l’eau et tourne à l’épopée burlesque et légendaire.
C’est au cours de l’hiver 2004 que je découvre Le dernier des immobiles, et dès les premières minutes je suis emballé : je ris, j’applaudis, je suis ému. Nicola Sornaga veut nous faire entrer dans l’univers poétique de Messagier et immédiatement il fait plus que ça. Car dès le début, oui, le film part dans quantité de directions : depuis le burlesque le plus discret (tendez l’oreille au commentaire sportif qu’on entend en fond sonore) jusqu’au gag poétique (cette libellule faussement intempestive) en passant par la comédie romantique (ce couple au bord d’un lac de la Haute-Engadine) et la contemplation muette (les quatre saisons du petit pré filmées en super 8 ou je ne sais quel format). Le film part dans quantités de directions mais il les explore toutes. Il nous appâte et nous épate. Car chaque veine réapparait à un moment ou à un autre ; un gag sous acides précède une scène d’une humanité poignante (cet extrait de « La classe » que diffusait FR3) qui est suivie par une image poétique (cet hippopotame sous l’eau) et un autre gag venu de la planète Mars (cet homme avec sa perruque violette au fond du supermarché, c’est Michel Bulteau). Puis, comme dans Pierrot le fou, on est tantôt dans le film, et tantôt hors de lui (« Oh je vois bien pourquoi vous me suivez ; vous voulez être dans mon film ! »). Lequel se donne, généreux, coulisses comprises. Pas de dehors, aucun dedans, mais une traversée. Du coup, Le dernier des immobiles tourne à la cavalcade, il a du souffle, c’est un western sur un poète (en fauteuil roulant pourtant) dont le film déplie toute l’inspiration foutraque et magnifique en inventant la sienne. Le dernier des immobiles échappe à la dispersion. Il s’en tient suffisamment prêt pour être bien fou, débraillé, débridé, mais il ne se perd pas me semble-t-il, dans les parages de cette folie. C’est une oeuvre magnifique, qui m’a profondément remué à force d’être enthousiasmante. Arno Bertina
